récit d'accouchement...

Publié le

AYEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE


RAPHAEL
est né ce 23 octobre 2008
comme prévu par madame l'échographe,
ponctuel au possible...
Il est né à la maison, comme prévu,
même si nous n'en avions parlé qu'a peu de monde...

pour ceux et celles que cela va forcement passionner, le long interminable pavé qui suit est le récit de cet accouchement (pourtant tout de même super rapide : 4 heures)
j'essaie de mettre des photos sur mon picasa...édit : c'est fait !

Merci a ma cops' fanny qui vous a mis des photos sur son picasa (mais pas merci d'avoir mis des photos avec ma trogne de matrone beuuuuuuuuuuuuurkkkkkkkkk)
Merci pour les petits commentaires vus ici et là saluant l'arrivée de MONNNN FIIIIIILLLSS
Nan, fille ou garçon, ça change rien, mais être direct à la maison avec la famille, ça change tout. bref

à tres bientôt, 
dès que mlle Alice voudra bien s'inviter chez moi...

 ^^
_____________________________________

Récit rédigé le 30 octobre 2008


Par où commencer ?

Par cette douleur fulgurante qui traverse les reins, me ceint et me coupe le souffle… 7h17.La contraction répond à mes interrogations de la nuit. Depuis trois jours je me demande : à quel moment appeler Fara ? Surtout si c’est la nuit, ne pas la réveiller trop tôt, ou pour rien…

Non, là, c’est bon. Je sais.

C’est pour aujourd’hui.

Les filles se lèvent,  elles me rejoignent. J’ai fini la nuit sur le canapé, notre lit a subit l’invasion des tètes blondes vers 4h00, mon expédition aux toilettes m’a été fatale : Gaby en travers du lit, et paf, direction le salon.

Encore une contraction.

Puis une autre. Et encore une autre. Toutes les trois, quatre minutes maxi.

-- Qu’est-ce que t’as maman ?

-- C’est une contraction.

-- Ah…

Deux minutes plus tard, elle me regarde toujours aussi bizarrement.

-- C’est rien ma chérie, c’est normal. C’est le petit frère qui fait son chemin, il cherche la clef !!! Pour toi et Gaby aussi ça m’a fait pareil, c’est comme ça que les bébés arrivent. Sauf que pour toi, je ne savais pas que ça faisait ça, parce que c’était la première fois !

Elle sourit, elle est manifestement satisfaite de la réponse. Oui ma chérie, je crois bien que c’est pour aujourd’hui…

C’est clair pour moi, tout est bizarre ce matin. Je me mets au ralenti, je me détache. Les filles prennent le petit dej, on est tous les quatre autour de la table lorsque lolo discutaille avec Sarah qui ne veut pas aller a l’école. C’est évident pour moi, elle n’ira pas. Je ne veux pas que son frère naisse pendant qu’elle est à l’école !

Je le dis à Laurent, son regard s’éclaire. « – ah mais c’est bon ?

-- Ben oui

-- on appelle ma mère, Fara et tout ?

-- ben oui…

Il a la mine réjouie…il est tout content…

Les contractions sont toujours là, toujours aussi rapprochées. Elles ne me quitteront plus. Je retourne sur le canapé, un moment, à moitié à plat ventre, je souffle. Je rentre dans le flou, le trouble. Je ne sais plus trop ce qui se passe autour de moi, Sarah me parle sans que je puisse lui répondre. Elle et Gaby vont jouer sur leur mezzanine avec les billes de Sarah. Je vais fini sous la douche, je tire le tabouret en bois je m’y appuie. Je ne sais plus si c’est moi qui appelle Fara ou si c’est Laurent… je me souviens du texto que j’envoie a Nicole, un peu dépitée : aujourd’hui, elle m’a prévenue, elle ne pourra pas venir. Tant pis, je n’ai pas vraiment le temps de m’attarder sur ce fait, les vagues viennent sans cesse assaillir mon dos. Je râle, je cherche le son du fond de ma poitrine, celui que Nicole, justement, nous fait chercher avec ses exercices ridicules ou on se sent comme un manchot sur une patinoire…

N’empêche, c’est efficace. Je me concentre sur le souffle. Le souffle et rien d’autre.

 Ne pas penser à la douleur, ne pas anticiper le retour de la contraction. A travers le bruit de l’eau, j’entends les filles qui jouent, sautent. Ils jouent aux billes et aux toupies, je ne sais plus. C’est une sensation bizarre, de les savoir là, et moi toute seule ici. Sensation extrême que les choses sont a leur place.

Je suis appuyée sur le tabouret, toujours dans la même position, le jet de la douche qui tombe sur le dos. L’eau chaude me soulage, la pression me masse. Ça fait vraiment du bien, les vagues continuent irrémédiablement, je continue à souffler, à chaque douleur qui arrive, je trouve le râle qui m’emmène au bout de la douleur…

  J’ai eu Fara au téléphone, elle rappelle pour savoir ou on en est. J’arrive juste à demander à Laurent de lui dire que « ça prendra pas six plombes »

Michèle vient d’arriver, elle vient me voir. Je suis encore sous la douche, juste un petit coucou, je souris vaguement je crois. Les filles montent en température, il est tard, dix heures peut être … elles ont besoin de bouger, il faut sortir. Allez faire des courses, j’ai envie de manger de la viande, une entrecôte, quand ce sera fini. Oui, oui, a midi, ce sera fini… il est dix heures vingt, je sors de la douche. Je culpabilise un peu… combien de temps j’ai passé la dessous ?

Je vais dans la chambre mais non. Si je me couche sur le matelas par terre, je ne pourrais plus me relever… le canapé c’est mieux.

Les filles sont habillées, elles filent au supermarché. Ça sert a rien qu’elles restent enfermées dans la maison, je suis soulagée, elles sont toutes contentes. Je ne suis plus dans le présent, ou alors trop, je ne saurais dire. Le fait de marcher accélère les choses, je sens que le moment approche, lolo est avec moi, je me cramponne a lui, j’ai mal.

Fara arrive. En une minute elle est avec nous, comme si elle était là depuis le matin. Elle me demande si je veux qu’elle m’examine, et oui, je veux. Je veux savoir ou j’en suis.

Je suis à 7 cm.

Je suis contente, vraiment. Ce n’est plus très loin, maintenant le bout du chemin.

Elle me masse, me parle doucement. J’entends qu’elle parle avec Laurent, doucement, comme pour me laisser dans ma bulle.

Apporte de l’eau chaude

Ou est la bouilloire… je le dis a Laurent, blague habituelle… tu vis ici, t’es sur ?

Tout est dans un brouillard fulgurant. Des éclairs bleus, électriques, me traversent, déjà, l’envie de pousser, peut être quelque part l’envie d’en finir, déjà…

Je pense au bébé, à la petite bouillle que je vais bientôt pouvoir contempler.

Hier je lui ai dis. Il faut sortir, c’est maintenant.

Sinon a la maternité, ils vont embêter maman, ils vont vouloir faire des examens, une écho, vérifier si tu as toujours assez de liquide, voir si les échanges de sang se font correctement dans le cordon… ils vont me dire de revenir dans deux jours, et encore, ensuite, on envisagera de déclencher … Je n’irai pas me faire déclencher, ça c’est sur.

Mais je n’ai pas envie d’entendre tout ça.

J’ai un peu pleuré aussi, c’est vrai, sur cette grossesse passée trop vite, sur le plaisir de le porter que je peux a peine savourer depuis le déménagement … je lui ai dit combien je suis pas prête, combien je voudrais encore profiter de lui dans mon ventre, après cette grossesse passée a penser a autre chose. Mais voilà, même si j’adore l’avoir dans mon ventre, il est venu le moment de nous rencontrer hors de nous.

Eh oui, je fais de la rétention de bébé.

Penser à son petit visage me stimule, m’encourage.

Les tissus chauds que Fara pose sur mon dos, les massages, sa voix qui m’accompagne, me guide à travers le brouillard. Les mains de Laurent qui restent le point de réalité. Je m’y cramponne, si je lâche, je me perds…. Je reste avec eux, on est trois dans la bataille. Quatre avec le bébé.

Fara me fait bouger, debout, ça fera engager le bébé. Tout est intense, absolument tout. Les lumières, les couleurs, les bras de Laurent, ses mains.

C’est long, trop long. Je  pense encore au bébé, je m’épuise et je m’inquiète. Je suis au bout de mes forces, déjà… je ne vais pas y arriver. Je saurais plus tard que je suis loin du compte. Laurent s’inquiète à son tour mais ne montre rien.

Fara entend ma détresse. Elle n’a pas cherché inutilement à me rassurer par des mots seuls, elle joint le geste : je veux l’entendre par moi-même, pas besoin de lui expliquer pour qu’elle comprenne. Non il va bien, regarde : elle pose le monito en une seconde et me fait écouter le cœur du bébé. Tu vois, tout va bien. Et oui, tout va bien…elle a les bons mots, les bons gestes, elle me rassure, je m’abandonne.

Maintenant, je ne sais pas ou je suis. Il arrive, c’est sur. Mais combien de temps encore ?

Fara m’encourage, me porte avec sa voix. Laurent me tiens, m’accompagne, il subit mes assauts. Ses mains sont mon seul repère physique. Comme si mon corps n’avait plus de limites, de bords, d’extrémités…

Contraction après contraction, poussée après poussée, j’entends leurs encouragements. J’entends Nicole, à quelques mètres de moi, dans l’eau chaude de la piscine « va jusqu’au bout de ton souffle, si tu ne remontes pas pour prendre l’inspiration, c’est qu’il t’en reste. Va au bout du bout du bout ! »

Je vais au bout du souffle, au-delà de la réserve naturelle, je puise dans le fond.

Laurent me coache, le fameux sketch de Rocky Balboa et du vieux mickey sur le coin du ring qu’on traine depuis la naissance de Sarah. Là je sais que j’y suis, alors. S’il me sort celle là, c’est que c’est vraiment le moment…

Enfin la douleur ronde arrive.

J’ai mal, très mal.

Je sens la tête qui avance, avance, lentement, si lentement. Je voudrais que ça aille plus vite, pour abréger la brulure. Enfin elle passe, clairement je sens mon bébé qui glisse vers la sortie.

Je vois sa tête, mais le reste ne sort pas

Saligauderiedemerdouille

Les épaules sont coincées… Fara s’atèle à m’aider à trouver la sortie. Merci, merci merci mercimercimercimercimercimercimercimercimercimerci

Encore une poussée, «  VOILA »

Il me semble bien que j’ai pleuré ou au moins j’en ai eu très envie.

Mon fils est sur ma poitrine, tout chaud contre moi.

Une couverture, les mains de Laurent, encore.

Sur moi, sur son fils.

Le calme, après la tempête, tout doux.

 Il est midi et demi.

Je veux mes filles près de nous, je veux mes puces avec leur frère. Dans quelques minutes elles seront là. Ce qui se passe ensuite est accessoire, comme toujours.

Il n’y a plus que lui, mon petit Raphaël, son père… la vie.

 

Plus tard, la rencontre avec les filles, souriantes, émues, Sarah qui a « la timide du petit frère » Gaby qui s’approche tout près, fascinée. Leurs regards me suffisent pour me contenter.

Ne serais-ce les mauvaises ondes des réactions négatives, mon bonheur serait complet. Hélas, encore une fois dans ma vie, les choix que je fais entrainent des jugements, et encore une fois, me gâche le bonheur par leur regard acide. 

Il me faudra plusieurs heures, plusieurs jours, pour me débarrasser de cette acidité acre et amère. Il faudra que j’aie plus de forces, que je récupère après celles jetées dans la naissance, pour ne plus sentir cette boule là, au fond de ma gorge.

C’est sans doute le seul point négatif de cette aventure magique et magnifique, le seul coin de noirceur dans toute cette douce lumière. Quelle vienne des miens en premier lieu je le savais. Qu’elle soit violente je le savais aussi. Mais je pensais juste être assez forte pour la maintenir à distance de mon bonheur et j’avais présumé de mes forces. J’avais juste oublié combien je m’étais sentie fragile, peut être pour les seules fois de ma vie, après la naissance de mes filles.

Plusieurs jours plus tard, c’est enfin fait. La transition de « dedans le ventre » à « dedans la maison » s’est faîte toute seule, j’ai une impression douce et forte de continuité.

Enfin des gens qui ne me parlent pas de « à domicile » mais du bébé. Ou bien oui, ils m’en parlent, pour partager, comme le plombier qui a travaillé à la construction de la maison –et vu le temps passé sous notre douche qu’il a installé j’aurai même du le remercier !!!- visiblement touché d’avoir indirectement participé… Il a enfin compris notre entêtement à vouloir emménager rapidement, ou la cousine de papa, enchantée de partager ça avec moi à ...60 ans d'écart...

Je sais bien que le temps passant, on ne parlera plus que de lui. De ses jolies joues, de sa ressemblance avec son père.

Je sais bien.

 

Les jours après la naissance oscillent entre douceur et fatigue, Fara est là en soutien continu. Je n’ose pas trop l’appeler, toujours peur de déranger, je l’ai déjà fait déplacer en pleine nuit pour rien, inquiétude idiote… Mais elle appelle, elle, prend des nouvelles, reviens me voir, « suite de couches » appelle-t-on cela. Et c’est tellement plus. Elle me masse le corps et la tête, me ramenant sans cesse à mon rôle de mère et d’épouse. A chaque fois qu’elle repart, je me sens plus forte. Elle joue le rôle que les autres ont abandonné, sécurisation, maternage, mise en confiance. Présence toute simple, mais indispensable.

Je ne lui dirai jamais assez merci.
Je n'oublie pas Nicole non plus, qui m'a mise sur le chemin... 

Au final, une semaine plus tard, alors que j’écris enfin le récit de notre voyage, mon fils allongé sur le canapé a coté de moi, a un mètre de l’endroit ou il a vu le jour, je mesure la chance que nous avons eu, son père et moi. Une vraie naissance  pour nous tous.

 

 
Publicité

Publié dans planetelomasaga

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
JE VAIS PLUS VITE QUE MON COMMENTAIRE PEUT6ETRE CAR JE VErifie mais il n'est pas encore avec les autres commentaire bref  
Répondre
F
bon on y arrive quand on s'accroche.... tu vois ce que je veux dire ...! c'est magnifique .. car j'ai apppris plein de choses en te lisant ! quelle précision tu as ! chacun a sa place le bonheur comme l'acidité ou l'amertume ! j'ai fait un bon voyage en vous accompagnant ! c'est gratifiant de revivre le moment sans pression quelconque !! la venue de raphael en passant par toi nous vivifie et nous porte loin de tous ces regards et pensées négatives ... merci tout simplement a vous car sans votre courage nous(les sagefemmmes) pouvons etre très courageuses mais.. a quoi cela sert -il ? si ce n'est justement pour en etre éprouver mais gratifier juste après .. commme lors d' une naissance d'un bébé! merci raphael ! merci pour ta toute premire expression de confiance en te confiant a nous lors de tes premiers instant de vie ... fara et a plus ... comme on dit aujourdh'hui... ouais j'y suis arrivée a ecrire et envoyer .. enfin j'espere .. t'as vues martine les femmes guident les sagefemmes ... bises a voyus cinq mais pas quatre ...
Répondre
P
Félicitations et bienvenu à Raphaël ! Il est vraiment beau ton fils. Sera t'il avec Joy comme Joshua et Gaby? Le récit de sa naissance est très émouvant. Je suis toute émue et je ne trouve pas mes mots pour te (vous) dire mon admiration. Bisous tout plein
Répondre
M
J'ai lu ton récit bien avant mais je n'avais pas encore mit de comentaire alors que je voulais.Déjà Félicitations et bienvenue à Raphaël.Ton récit est vraiment beau! :)PS: Je vois que tu ne mets plus de h à Fara! ^^
Répondre
L
Plein d'émotion. Merci pour le partage !Bisous à vous
Répondre